Archive | avril 2014

L’effet Steinway

J’ai eu l’occasion d’improviser sur de nombreux pianos au cours de mes pérégrinations musicales : Yamahas au timbre tranchant, Bosendorfers imposants, Rameaus souvent désaccordés, Pleyel un peu étouffé,… La plupart du temps, c’était des pianos qui avaient été mis à rude épreuve et qui trahissaient quelques leurs turpitudes : des milliers de mains des plus inexpertes aux plus autoritaires avaient broyé sans retenue les claviers d’ivoires ne laissant que de temps à autre à l’accordeur préposé la possibilité d’officier, souvent de manière expéditive, car le temps c’est de l’argent, et dans le monde de la musique il y a bien peu de choses pour lesquelles l’on a vraiment le temps…

Et j’en suis venu à me demander dans quelle mesure cela avait pu influencer ma pratique de pianiste amateur, intermittent et quelque peu caché ? Car n’ayant pas été confié aux bon soins d’un professionnel reconnu, il ne me restait guère qu’à m’armer de patience et d’un peu de sens de l’observation et de me laisser aller à mon statu d’autodidacte dilettante.

Les années ont passé, et je dois bien avouer que mon manque de maîtrise me rend terriblement tributaire de l’ustensile à ma disposition. Je m’en suis rendu compte en improvisant à la va vite entre deux répétitions à l’auditorium Saint-Pierre de Toulouse sur le magnifique Steinway de concert qui occupait la scène. La sonorité en était proprement envoûtante et le toucher merveilleusement doux et clair. Et cela m’a permis de renouer enfin avec une créativité qui m’avait déserté. Est-ce que le piano m’a influencé ? Probablement. Est-ce une bonne chose ? Pas vraiment, car je n’aurais pas souvent le loisir d’un Steinway pour improviser.

En attendant, il me reste la trace de ce petit moment de grâce. En espérant que vous l’apprécierez.

https://soundcloud.com/clarinetjo/stolen-moment